Dakar : la ville du Mbalax a rougi

Article : Dakar : la ville du Mbalax a rougi
17 mai 2020

Dakar : la ville du Mbalax a rougi

L’horloge de mon smartphone indiquait 7h45 à Dakar lorsque je me mis à consulter mes réseaux sociaux. J’étais quelque peu à la ramasse en constatant que la majorité des publications partageait le même centre d’intérêt. Mes amis virtuels avaient l’habitude d’exprimer leur mécontentement envers la météo. Ce qui avait changé ce jour-là, c’était la fougue avec laquelle ils s’y mettaient et surtout le nombre de personnes qui décriaient la qualité du climat. Mais qu’y avait-il de si particulier pour que même les membres les plus inactifs de mes réseaux sortent de leurs silences ? Au seuil de mon portail où je m’étais rendue pour examiner cette atmosphère qui suscitait de vives polémiques, je fus inopinément frappée par une tempête pour la première fois de ma vie…


Un brouillard obscur s’est abattu sur Dakar

Ce 25 février 2020, c’était une tempête de sables en provenance de la Mauritanie qui s’était abattue sur le Sénégal. Au pays de la Teranga, la couleur de l’atmosphère était semblable à celle des ergs. Ce qu’on pouvait apercevoir le mieux, c’était de la poussière et du sable. Dans les rues, personne n’osait se montrer sans masques au risque de sacrifier ses poumons. Les affaires allaient bon train au niveau des pharmacies. Elles n’avaient aucun mal à écouler leurs stocks de protecteurs nasales. Cette forte poussière désertique rendait toute activité en extérieure quasi-impossible.

Ce jour-là, une grande partie du pays était rythmée par des éternuements successifs à intervalles réguliers. L’autre par des plaintes des personnes éprouvant des difficultés à respirer. Je me rappelle encore des témoignages de mes proches qui ont subi ce désastre climatique. Je n’arrivais plus à respirer, je n’avais jamais vu une telle tempête. Ma gorge m’irritait fortement, je sentais que j’avalais de la poussière. J’avais très peu que ma crise d’asthme se déclenche.

Documentaire réalisé par Le Monde Afrique


Dakar plus empoussiérée que jamais

Entre mon nez bouché et mes éternuements répétitifs, je me demandais si ce n’était pas la fin du monde qui s’annonçait. Qu’est ce qui était arrivé à Dakar ? Ma ville de cœur, celle qui a été mon berceau quand j’ai quitté mon Bénin natal pour des études au Sénégal. La métropole qui s’affichait sous mes yeux ce jour là, ne ressemblait guère à ma ville adoptive. Celle que j’avais l’habitude d’admirer sous ses beaux jours. La capitale de la Teranga, la ville du Mbalax et du Tiep bou dieun, habituellement joviale et ensoleillée était maussade, rouge, triste et étouffait avec ses habitants sous une dense couche de poussières. Face à ce désastre environnemental, une seule question demeurait dans mon esprit : Pourquoi ?

Dakar, la ville du Mbalax a rougi
Mosquée de la divinité de Dakar par Mariame S via Pixabay


Mais parce que ….

Avec ses 126 microgrammes de particules fines par m3, Dakar a sa place sur le podium des villes les plus polluées au monde. Mais ce jour là, ces particules responsables de la dégradation de la qualité de l’air avaient décuplé leurs concentrations à près de 750mg/m3. En plus des poussières désertiques en provenance du Sahel, les conditions favorables à la création d’un nuage de poussières furent réunies. Ce changement soudain d’atmosphère à Dakar et dans les autres régions du pays était-il bénin ? Faudrait-il vraiment s’inquiéter ?

Anodin et passager, ce qui s’est passé ce 25 février à Dakar fait pourtant partie des catastrophes environnementales qui augmentent le taux de mortalité. Pneumonies difficultés respiratoires, cancer du poumon, maladies cardio-vasculaires, ne sont que quelques-uns des maux qui y sont liés.


La couleur rouge de Dakar a changé ma vie

Est ce qu’un béninois ou un sénégalais lambda est réellement sensible aux questions écologiques ? Si je m’amuse à faire un micro-trottoir à Cotonou, demandant à un passant quels sont les actes écologiques qu’il pose pour protéger la planète, que me répondrait-il ? Ne me dirait-il pas que “ça c’est une affaire de Yovos (blancs)” ?  Pourtant, la mer qui avance chaque année et qui engloutit toutes les maisons situées sur la côte ne fait pas de victimes chez les “yovos” mais bien au Bénin. Donc d’une manière ou d’une autre, ne sommes-nous pas concernés parce que justement nous constituons des victimes, et pas des moindres ?

En prenant mon billet retour pour le Sénégal, je rencontre ce même problème. A Saint-louis, la mer dicte aussi sa loi rendant des familles entières sans domicile fixe. 

Toujours entre Cotonou et Dakar, je vois des arbres mis à terre. Tout cela pour donner naissance à des buildings de haut standing. Pense-t-on au fardeau que cela représente pour l’environnement ? On se modernise, mais à quel prix ? On construit des hôtels, des immeubles à faire jalouser ceux de Manhattan, mais quelles en sont les conséquences ?

Par François Bouf via Creative Commons

Le temps d’une tempête…..

Est-on conscient que la coupe des arbres constitue une des raisons pour lesquelles l’on subit (et subira encore) ces tempêtes ? Savons-nous que ces arbres à travers leur capacité d’absorption du carbone sont les meilleures barrières contre les tempêtes désertiques ?

Je me demande encore si mes compatriotes et moi sommes assez engagés pour la planète pour savoir que planter un arbre permet d’améliorer la qualité de l’air et de lutter à grande échelle contre le changement climatique. 

A l’heure où j’écris ces mots, je n’ai pas de réponses définitives à toutes ces questions. Mais j’ai une soudaine envie de rejoindre le rang de ces figures africaines de l’écologie. Je pense notamment à Wangari Maathai, Haidar El-Ali ou encore Sandra Idossou. Le Dakar rouge du 25 février a été mon déclic. Je le reconnais. Me pencher sur la question environnementale et poser des actes conséquents est un impératif pour moi désormais. 

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